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Je suis Mr Brown, professeur émérite de droit financier science POT (ne pas confondre avec science Po, svp, mon école est bien plus coté même si elle est méconnue du grand public)

Ma femme Miranda est bien plus jeune que moi, cela va de soi, et elle est femme au foyer bien entendu. (Nous autres membre de la plus haute société catholique de notre ville ne plaisantons pas avec les règles et traditions érigées par nos ancêtres.)

Je suis père de deux enfants brillants et sages : Jean et Marie.

Le premier est vétérinaire pour animaux de Star du show-biz. La seconde est mariée a un trader en poil de Yack, une activité plus que prometteuse. Elle, ma fille, est bien sûr femme au foyer comme sa mère.

Nous sommes une famille sérieuse, adepte de la messe dominicale et fermement conservateur. Cela va de soi. Enfin, cela allait de soi jusqu’à ce jour de juin où tout a basculé.

Ma fille a semé la graine de folie qui s'est emparée de nos vies.

Ce matin-là, elle est arrivée affolée a la maison (nous sommes voisins).

Elle criait comme une démente. Je lisais mes journaux préférés en prenant mon petit déjeuner avant de partir éduquer la jeunesse dorée de notre ville. Je lui demandais aussitôt de se taire. Elle voulait ameuter le quartier ou quoi, et détruire notre réputation, une réputation que j'ai mis une vie à bâtir !

"Les Lutins ! des lutins sont en train de saccager ma maison papa !" finit-elle par me dire, fondant en larme.

"Mais, chérie, les lutins n’existent pas !" rétorquais-je une fois ma surprise passée.

Je me suis dit à ce moment précis que quelque chose ne tournait pas rond. Soit Marie avait bu ce dont je doutais de si bon matin. Soit elle se droguait et je n'osais imaginer tout ce que cela impliquait. Soit elle me faisait une blague qui me semblait de fort mauvais goût. Je vérifiais discrètement la date du jour sur le journal que je lisais (enfin que je faisais semblant de lire pour paraître sérieux). Nous étions bien en juin, le 1er avril était passé depuis plus d'un mois.

"Papa, papa ! Viens chez moi, je ne sais pas comment contrôler la situation"

"Mais chérie"

"Papa ! s'il te plaît" insista-t-elle.

Devant l'insistance de Marie, je décidais d'en avoir le cœur net.

Et c'est vrai qu'une fois arrivé chez elle, la maison d'à côté, ma vie ne fut plus jamais la même.

Des hordes de petits êtres, les uns habillés de rose, les autres de bleu, se battaient comme des chiffonniers, semant une belle pagaille dans le salon d'ordinaire bien rangé.

"Qu'est ce que c'est que ce bordel !" criais-je, regrettant aussitôt mon langage ordurier, mais c'est les seuls mots qui me sont venus a l'esprit !

Un petit bonhomme, tout de bleu vêtu, se tourna vers moi et me dit

"C'est la guerre monsieur, la guerre !"

"Mais, qui êtes vous donc ? et que faites vous chez ma fille"

Une petite femme, tout de rose vêtue, qui l'instant d'avant se battait avec mon interlocuteur me dit d'un ton agacé

"Chez votre fille ! vous voulez rire, nous sommes ici chez nous et j'ai déclaré la guerre à cet hurluberlu de lutin, mon mari, qui a osé regarder une jeunette pendant que j'étais à la chasse aux Trolls"

Je ne comprenais rien a son discours

"C'est une mauvaise blague ! Vous allez dégager de chez ma fille tout de suite" criais-je, toujours aussi ordurier (Marie me regardait ébahie) mais c'était pour la bonne cause.

"Ce n'est pas une blague, c'est la guerre ! Nous les Roses, les membres féminins de la confréries des lutins, ne pouvons permettre à ces imbéciles de lutins bleu, nos mâles, enfin ce qu'ils prétendent être, nous insulter en regardant des jeunettes dès que nous somme occupé à chasser"

"Mais les lutins n'existent pas voyons" fis-je, excédé.

"C'est vous qui n’existez pas monsieur" dit le lutin bleu "Je ne comprends pas pourquoi nous arrivons à nous parler"

Je nageais en plein délire comme ma fille, mais réfléchissant à la meilleure solution pour sortir de cette solution, je me dis que je devais rêver, alors autant aller jusqu'au bout du rêve.

'J'existe autant que vous" dis-je "là n'est pas la question"

"c'est quoi la question alors ?" dit le lutin rose

Tout les autres lutins nous observaient, attendant sûrement la suite des événements.

"eh bien" continuais-je "La question est... : pourquoi se battre pour de telles broutilles ?"

Je sentis la tension monter d'un coup.

"Enfin..." tentais-je de dire pour calmer le jeu "Enfin, votre mari n'a fait que regarder une lutine, il n'y a pas été plus loin non ?"

"encore heureux, sinon ce serait la fin du monde. J'aurais déclenché une guerre atomique, et nous ne serions plus là pour en parler"

"il a raison moumoune" dit, tout penaud le lutin bleu "je n'ai fait que croiser le regard de cette jeunette, c'est tout, rien de plus"

"Es-tu prêt a le jurer sur la corne du grand Troll ?"

'Oui moumoune, je le jure, tu es la seule qui compte pour moi"

Le Lutin rose laissa longtemps planer le silence, puis fini par dire

"ok baby, j'accepte de te pardonner, viens m'embrasser grand fou"

Et ils sautèrent dans les bras l'un de l'autre, et disparurent.

Depuis ce jour, je ne vois plus le monde de la mème façon. Et ma fille aussi.

Ma femme et mon fils ne l'ont pas su mais eux aussi ont vécu une aventure étrange que je vous conterais une autre fois.